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vendredi 21 février 2020

Nicolas MICHEL : Le chant noir des baleines


J’aime bien ce livre car le début était bien, Il y avait du suspense mais c’était trop long.
Après quand il y a eu la découverte de l’homme noir ça commencait à être interresant.

J'ai trouvé que quand Léon essaie de le réanimer c’étais un peu long!

Il y avait des émotions que j’ai bien aimées mais d’après les critiques des autres, la fin est triste.


Ce livre est très bien, à certains moments il est émouvant et triste. Je  n’ai pas aimé le passage de l’interrogatoire car il m’a semblé répétitif. J’ai bien aimé le passage où Léon découvre Tierno sur la plage et le ramène chez lui. Petit a petit,Tierno raconte son histoire.j’ai tellement aimé ce livre que j’aurais voulu qu’il y ait une suite.           Lucas.B

mardi 7 juin 2016

Rencontre avec Anne Lecap

 Jeudi 2 juin à 8h30, la classe de 5°7 a rencontré cette auteur, née en 1972, qui a passé son enfance en Ardèche et vit aujourd'hui en Provence.

Elle nous a d'abord proposé un jeu sur les personnages de son roman "Quand la révolte gronde". Suite à nos questions, elle nous a présenté ses sources : des journaux de 1936, un magazine sur la santé, deux cahiers de poésies et chansons, un petit livret qui servait de calculatrice aux commerçants, des cartes postales anciennes. Ces informations nous ont aidé à comprendre comment vivaient Emilie (l'héroïne) et son entourage à cette époque.

L'histoire se déroule pendant le Front Populaire. Les syndicalistes entraînent les ouvriers à se révolter contre des conditions de travail pénibles en faisant grève. Ils obtiendront de  travailler 40h par semaine au lieu de 48h, les premiers congés payés et une augmentation des salaires. Comme beaucoup d'entre nous connaissent des lieux cités dans le roman (la ville de Privas, le Teil, le Pouzin...) nous pouvons nous représenter les déplacements des personnages. L'auteur nous a aussi expliqué comment elle gère son temps  entre son métier de professeur d'histoire-géographie  et son souhait d'écrire des romans. Elle a précisé que son roman a été  écrit en un an et demi. A la fin de la séance, elle nous a lu un extrait d'un autre de ses romans "Baptiste sans port d'attache".

Cette rencontre a été agréable et instructive. La classe de 5°7


 Les élèves de 5°7, ont imaginé et écrit une lettre d'Emilie, l'héroïne du roman restée en Ardèche, à ses parents installés à Paris.

Le Teil, 1936

Chers parents 

La vie à l'usine textile du Teil est très dure. J'ai énormément de mal à ne pas tomber de fatigue en plein travail. Grand-mère me manque. Heureusement, un évènement a bouleversé ma vie il y a peu temps. Un jeune cheminot appelé Vincent a simulé un accident devant mon usine. En réalité, il voulait distribuer des tracts contre les conditions de travail des ouvriers. Quelle drôle de manière de distribuer de la propagande ! J'ai décidé de m'engager à ses côtés. Il incite les ouvriers à voter pour le Front populaire. C'est vrai qu'il propose des mesures qui font rêver : 40 heures par semaine, salaire augmenté et même les premiers congés payés ! Quel bonheur ! Je pourrais rendre visite à Grand-mère le samedi et le dimanche. J'oubliais, je dors le soir dans une chambre meublée . J'espère que tout se passe bien à Paris, que Louis n'est pas trop difficile à gérer. Vous me manquez beaucoup.
A bientôt 
Emilie                                                 écrit par Senot Zacharie



Chère mère, cher père, cher Louis

Me voilà arrivée au Teil. Je suis déjà exténuée par mon passage à la cuve de teinture de l'usine de textile. J'ai l'impression que mes bras sont en bois tellement j'ai mal. Je me suis installée dans une chambre, meublée avec un lit en cuivre, une commode et un fauteuil, assez petite, mais je m'y plais bien .
 A côté de ma chambre il y a Juliette. Elle tousse souvent à cause de la poussière de ciment qu'elle respire à la sècherie de Lafarge. Elle a eu une violente quinte de toux à table. Cela faisait peine à voir. Il y a aussi Rémi, qui travaille dans un garage, il répare les bicyclettes. A l'usine, je me suis fait de nouvelles amies dont une plus précisément, Marguerite. Elle est mère d'un petit garçon.
Il y a aussi la contremaîtresse, qui n'est pas très sympathique. Elle n'est pas très accueillante non plus d'ailleurs .
Grand-mère et vous me manquez énormément. Je vous embrasse affectueusement...

Emilie                                               écrit par Cassiopée Aounit




Chers parents,
J'espère qu'à Paris tout va pour le mieux depuis la grève.J'espère également que Louis va bien.
Vous serez sûrement heureux d’apprendre qu'à l'atelier nous avons aussi fait grève durant huit jours. Nous avions peur de nous faire renvoyer mais tout s'est bien passé. Bertier, le patron, s'est enfin plié aux réformes. Maintenant, j 'ai le samedi ainsi que le dimanche pour rentrer à Privas. Avec Mémé nous prévoyons même de monter à l'Escrinet. Bientôt nous aurons nos premier congés payés. J'espère que durant ces congés nous pourrons nous revoir. Louis a bien dû grandir depuis tout ce temps.
Peut-être que je pourrais vous présenter Vincent. Il est cheminot et également syndicaliste. Je l'ai rencontré devant l'usine de textile du Teil. Il distribuait des tracts dénonçant les conditions de travail déplorables. Il est très courageux ! C'est grâce à lui que nous avons pu faire grève à l'atelier : il nous amenait de quoi manger et nous reposer. Il sait comment remonter le moral des grévistes et il nous redonne espoir. Je pense que papa l'apprécierait énormément.
J’aimerais tant que durant nos congés payés nous allions ensemble à la mer. Tata Léonie serait heureuse de nous recevoir. Je reverrais ma cousine et toute la famille.
 Je vous aime tendrement
 Votre fille, Emilie
 écrit par Marie Leveugle




Le Teil, mercredi 22 Avril 1936

Chers parents,

J'espère que vous allez bien, vous deux ainsi que Louis. En ce qui me concerne, l'usine de textile m' a débauché. J'ai été renvoyée mais ne vous en faites pas, j'ai immédiatement cherché du travail. Je travaille maintenant dans un atelier d'emballage d'articles de beauté. Le travail à l'usine de textile était plutôt pénible : la teinte des tissus par exemple. J'en ressortais avec des cloques aux mains. Mais le travail à l'atelier n'est pas de tout repos non plus. Il faut enchaîner les cadences sans s'arrêter. J'ai rencontré Rémi et Juliette chez la logeuse, ils sont très gentils. Rémi travaille dans un garage où il répare des bicyclettes et Juliette travaille chez Lafarge, elle raccommode les sacs de ciment. Un accident s'est produit devant l'usine de textile. Un cheminot est tombé de sa bicyclette et s'est fait renversé par une voiture. C'était un syndicaliste et il nous a distribué des tracts. Je ne sais pas comment je pourrai le revoir...

Affectueusement
Emilie.                                                                                écrit par Héloise Doisy



Chers parents,

Je vais bien malgré mon licenciement de l'usine textile car j'ai déjà un nouveau poste. Cette fois ci dans l'emballage de produits de beauté. Si vous voyiez tous ces corsets et ces gants haut de gamme...
Je suis bien logée et je rentre chez mamie tous les dimanches en train.
Je suis quand même éreintée par mon poste car nous avons des sièges inconfortables et les jambes dans le vide toute la journée. De plus, nous travaillons selon le système Taylor. Des syndicalistes nous promettent des congés payés . J'aimerais tellement que cela arrive vite! Je pourrais vous rendre visite à Paris.
 J'espère que Louis a de bons résultats scolaires et qu'il va bien. J'espère que vous allez bien aussi.

Tendres baisers.
Emilie                                                                                                             écrit par Pauline Habib                 






Cher papa, cher maman,

J'ai eu beaucoup de mal à m'adapter au monde du travail.
Je vais bien malgré quelques rebondissements disons fâcheux dans ma vie. Je dois vous dire ( sinon grand-mère le fera à ma place) que j''ai été renvoyée de l'usine textile du Teil. Je sais que vous allez être déçus, surtout toi papa. Je sais que tu m'as beaucoup répété quand j'étais plus petite que le travail est ce qui nous fait vivre et ce que l'on a de plus précieux, que nous devons en prendre grand soin et que nous ne devons pas faire un pas de côté afin de le conserver. Mais je peux t'assurer que mes actes avaient des buts valables qui pourraient aussi changer ta vie, à toi et à celle de maman.

Tout d'abord j'ai rencontré quelqu'un. Attention! Je te vois d'ici maman avec ton sourire malicieux. Je te conseille de ne pas trop t'enflammer car sa rencontre est directement liée à mon renvoi... Il s'appelle Vincent, et c'est un jeune cheminot syndicaliste. Je crois deviner votre réaction! Mais ne vous inquiétez pas. Vincent a distribué des tracts dans notre usine pour nous faire connaître les causes des luttes très louables du Front Populaire. J'ai beaucoup appris et j'ai lutté avec Vincent pour de meilleures conditions de travail car tout n'est pas rose dans les usines, comme papa peut en témoigner.

Malheureusement, mon patron n'a pas vraiment apprécié mes engagements politiques et m'a donc mise à la porte. J'étais honteuse, humiliée, triste, et dans une colère noire. N'a-t-on pas le droit de lutter pour un salaire plus juste? Je me suis mise en quête d'un nouveau travail et je crois en avoir trouvé un. Est-ce que je serai engagée ? Ça c'est une autre histoire. Surtout que dans cette région les nouvelles vont vite et j'ai peur que mon parti politique effraie les patrons. Mais je veux vraiment cet emploi, rien que pour vous rendre fiers ainsi que grand-mère.

Quant à Louis, comment va-t-il ? Dans votre dernière lettre vous ne m'en avez presque pas parlé. Fait-il des progrès en écriture? Et vous, allez-vous bien? Dans votre dernière missive vous n'avez pas beaucoup fait étalage de vos sentiments. Je sais, maman, que parfois tu as honte de m'avoir laissée ici. Mais sache que je suis heureuse. Vincent y contribue. Même s'il est syndicaliste, c'est un homme de valeur. Je vous en conjure, croyez-moi sur ce point ! 

Avec les meilleurs sentiments de votre fille.

Emilie.                                                                                               écrit par Baron Anaé.

jeudi 7 janvier 2016

Corinne Ferrand-Moulin : La Grotte aux Images

Les 6 °1 ont eu la visite de Corinne Ferrand-Moulin l'auteur de cinq livres : 
- des pilleurs à l'archéo-colo ,une enquête à Alba-la-Romaine
- les chaines du Roy, les protestants en Ardèche au 18e siècle
- le jardin de monsieur Olivier, sur Olivier de Serre
- la grotte aux images, sur la  préhistoire et la grotte Chauvet
- l'envol du ballon, sur les frères Mongolfier à Annonay 
Pour le roman La grotte aux images, elle a reçu le prix Préhistoire à La Chapelle aux Saints en Corrèze cette année. Comme récompense, on lui a remis un silex de toute beauté. Elle a aussi reçu le prix Eugène Villard 2015 du Conseil Général de l'Ardèche pour ce roman.

Corinne  Ferrand - Moulin est bibliothécaire à Cruas. Vous pouvez consulter son blog  
Alexia



" La Grotte Aux Images " est un livre d' histoire-fiction de Corinne Ferrand - Moulin.

 
L'histoire est celle d' Eïos l'apprenti guérisseur de son clan, sa mentor Egraï (celle qui sait) 
est l'ainée de la tribu. Eïos est entouré d'amis fidèles.
Bronam : ami d'enfance d'Eïos, il considère que ce dernier a changé depuis leur petite enfance Il entraine Eïos souvent dans des situations périlleuses.
Tilzi : Eïos est secrètement amoureux d'elle. Tous les jeunes de la tribu veulent l'épouser.
On s'attache très vite aux personnages. On entre aussi vite dans l'histoire vue et racontée par diffèrents personnages. Leurs points de vues sont parfois complètement contraires.
Célian
 

mardi 2 juin 2015

Philippe GRIMBERT : un secret

« UN PESANT SECRET DE FAMILLE »

Une autobiographie qui raconte l’enfance douloureuse du narrateur.
« Un secret » est un récit simple, émouvant, mais aussi merveilleusement bien écrit. C'est un livre qui soulève de nombreuses questions chez le lecteur, qui remet en cause ses connaissances, ou ce qu'il pensait connaître. L’histoire se passe dans les années 1950, soit à la fin de la seconde guerre mondiale. Le narrateur est un jeune garçon malingre et fragile. Extrêmement complexé par son physique différent de ses parents, il va s’inventer un frère aîné plus beau et plus fort que lui, qui ferait la fierté de ses parents. Mais son mal-être est dû aussi à un secret que sa famille s’obstine à garder. C’est seulement à quinze ans que le narrateur découvrira le lourd et complexe secret de famille, grâce à une vielle amie. Après ces révélations, le garçon va pouvoir se reconstruire.

Philipe Grimbert réussit à évoquer l’horreur de la Shoah. Sans jamais écrire ni le mot juif, ni le mot camp, il dénonce une période de l’histoire qui a vu s’effondrer le monde des juifs de France. C’est un récit dramatique mais c’est ce qui fait son charme. Plus nous avançons dans le récit, plus on devient impatient de découvrir ce terrible secret.
C’est le genre d’histoire à nous rester dans la tête quelques jours. Une histoire pas comme les autres.


Chay Carla, journaliste de TOP MAGAZINE

mardi 26 mai 2015

Atelier d'écriture avec Anne Lecap : cartes de poilus


Jeudi 21 mai, Anne Lecap, auteur de "Quand la révolte gronde" et de "Baptiste sans port d'attache" était de retour à Privas où elle a grandi et où elle situe son roman. Elle a rencontré plusieurs classes de 5e et animé deux ateliers d'écriture. Professeur d'histoire, elle a présenté la période du Front Populaire, le cadre de son roman. Les nombreux objets, revues... témoins de ce passé pas si lointain passaient de main en main. L'occasion pour les élèves de découvrir les conditions de vie et de travail dans les années 1930. L'occasion aussi de rencontrer un écrivain et d'échanger avec elle sur l'écriture, l'édition.



L'atelier d'écriture : un des personnages du roman, assez mystérieux disparaît durant la guerre de 14. Après la lecture de vraies cartes postales du front, chacun se mettait dans la peau d'un personnage : poilu écrivant à sa famille ; fiancée, parents écrivant à un soldat et rédigeait sa carte postale.

 

Lettres du Front


Ma chère Gisèle,
Je t'écris en ce jour de Noël. Un Allemand désarmé est sorti de la tranchée ennemie et s'est mis à crier en français : "Faisons une trêve, c'est Noël, Noël !" Il parlait assez mal mais assez bien pour qu'on comprenne. Nous avons envoyé quelqu'un pour savoir si c'était un piège, puis nous sommes sortis de notre tranchée sans armes et nous avons vu les soldats allemands sortir à leur tour désarmés. Puis nous avons planté un arbre et nous nous sommes offert des cadeaux. Si la paix pouvait revenir !

Ma chère Maman,
Je t'écris pour te dire que j'ai demandé à mon général si je pouvais passer dans l'infanterie car je donnerai tout pour la France. Hier, j'ai perdu mon meilleur ami. Il s'est pris un obus en pleine tête. Je t'envoie une caresse. Je pense souvent à mes frères. Je vous aime. Flavien

Ma chère Grand-Mère,
Depuis que je suis partie, j'ai beaucoup de travail. Il y a eu beaucoup de pertes et de blessés. J'ai été touchée mais je suis rétablie. Bon, je te laisse, on m'amène un blessé.
Je t'envoie un bécot. Amélie

Ma chère soeur,
Aujourd'hui une nouvelle attaque des Allemands est survenue, j'ai vu tomber une pluie de balles, je me suis camouflé. Je vous embrasse tous. Adieu.

Cher Père,
Le froid me glace et mes yeux me piquent. Tous ces cadavres et ces pleurs me traumatisent. La peur et la saleté m'envahissent. Je pense à vous et pour toujours. Les éclats d'obus nous marquent. La mort est près de nous. Ton fils Charles qui t'embrasse.


Ma chère Maman,
On dort debout, à genoux, assis, on dort le jour ou la nuit. Hier encore, un de mes amis est mort devant moi. Mais je vais bien. Ton fils Mathis


Chère Sophie,
Je t'écris aujourd'hui pour t'annoncer que je me ferai pendre quand tu recevras cette lettre. J'ai déserté le Front, j'en avais marre de voir des hommes mourir pour cette guerre stupide. Ton amour

Mon Amour,
J'espère que tout va bien pour toi, tu me manques énormément. Occupe-toi bien de notre fille et de notre fils. Dis-leur que je les aime et qu'ils me manquent beaucoup. Je reviens dans quelques jours vous voir, ne le dis pas aux enfants, je leur ferai la surprise. Je vous embrasse tous.

Ma très chère Simone,
Tu me manques énormément, je pense toujours à toi, ma permission arrive dans peu de temps. Je pense très fort à nos retrouvailles. Il fait très froid et c'est très rude. A très bientôt. Bécot

Chère mère,
Je suis aujourd'hui dans les tranchées, les rats et les poux sont partout. La mort est proche, les obus éclatent très proches du camp. J'espère que ce n'est pas la dernière lettre que je t'envoie. Ton fils qui t'aime Rémi

 

Lettres de l'arrière


Mon Mari,
Je vais bien, tu me manques. J'espère que tu reviendras vivant. Dans le colis, je t'envoie de quoi ne pas mourir de froid et de faim. A l'usine, la cadence est de plus en plus rapide. Je t'embrasse Manon

Cher Henri,
J'espère que là-bas, cet endroit où tout me paraît horrible et terrifiant, tu survis. Je ne supporte plus ces heures sans ta présence. S'il t'arrivait quoi que ce soit, j'en mourrais de douleur. Je t'aime. Marlène

Mon très cher mari,
Je t'envoie cette carte pour te montrer que ton fils est très fier de toi. Il veut te rejoindre. On t'aime fort, on pense toujours à toi. J'espère que tu viendras dans peu de temps. Je te fais un bécot Ysaline


lundi 4 mai 2015

Primo LEVI : Si c'est un homme

Le récit d'un passé qui ne s'oublie pas  :  témoignage de l'enfer de l'univers concentrationnaire.

Primo Levi signe un roman autobiographique poignant sur sa déportation. Son livre a été publié en 1947, d'abord passé inaperçu, puis traduit dans de nombreuses langues après la parution de son second roman, la Trêve (1963), mais seulement en 1987 en France.
Son écriture ne recèle ni pathos ni envie de revanche, comme on pourrait l'attendre d'une victime de la Shoah, elle est sobre et posée. Le ton est neutre et dépassionné. En effet, l'auteur a utilisé comme support un rapport technique qu'il avait rédigé avec un autre déporté pour les Alliés sur le camp d'Auschwitz. Il voulait livrer un récit historique, pour exposer la vie dans un Lager telle qu'elle était vraiment. Son récit est digne et amène à s'interroger sur la condition humaine, sur la douleur.

Le quotidien d'un homme humilié, réduit à sa simple appartenance et non plus à son identité.
Au fil des jours, nous le suivons partout, au travail, aux toilettes, lors de la tonte hebdomadaire, lors de la distribution de pain matinale… Le lecteur est véritablement transporté soixante-dix ans en arrière, aux côtés de l'auteur, survivant avec lui, jour après jour, luttant contre la faim, le froid, la boue… Le lecteur se rend alors vraiment compte de l'horreur de la vie dans les camps, de « l'organisation » mise en place pour survivre, ce trafic permanent : une cuillère contre une ration et demi de pain, un balai volé contre dix rations de pain, un ticket confirmant votre passage sous la douche contre deux rations de pain. Tout faire pour survivre tant bien que mal.
On assiste à l'évolution des relations avec ses compagnons d'infortune par des dialogues multilingues plutôt rares présentant la fraternité évidente entre les déportés, mais aussi cette rivalité étonnante : les chemises volées aux petits nouveaux pas encore au courant qu'il ne faut pas laisser sans surveillance ses « affaires personnelles » se résumant à une paire de sabots de bois, une chemise de toile, un caleçon, une veste, un pantalon, et une cuillère et une gamelle pour les plus dégourdis. Le « chacun pour soi » omniprésent.


Des réponses à des questions restées longtemps taboues et sans réponses.
Un style d'écriture unique, avec de longues phrases pour pouvoir tout dire, tout raconter, dans un registre de langue plutôt soutenu. Une lecture poignante, émouvante. Un livre captivant, qui tient le lecteur en haleine, curieux de savoir comment le narrateur a pu survivre alors que tant d'autres ont péri. L'auteur, par un récit détaillé, oblige le lecteur à connaître la réalité de ce qui s'est passé dans ce camp d'Auschwitz. Et le plus grandiose, c'est que ce devoir de mémoire est apaisant pour le lecteur car il sait enfin ce qu'il s'est vraiment passé dans les camps nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les nombreuses incertitudes concernant l'univers concentrationnaire, la haine des nazis envers les juifs, dues au silence de l'après-guerre, au refus de connaître la vérité et d'en parler disparaissent grâce à des réponses à ces questions inclues dans un appendice final.
Primo Levi
On ressent alors de l'empathie mais pas de la pitié pour le narrateur qui sait si bien circonstancier son récit sans s'apitoyer sur son sort.
En 1976, il a complété son récit par des réponses aux questions récurrentes qui lui étaient posées. Il explique son absence de haine et la sobriété de son récit par l'impossibilité pour lui de haïr une armée de fantômes, les nazis ayant été réduits à néant. Le lecteur ressort soulagé de la lecture de ce récit autobiographique car il connaît enfin les détails de la vie quotidienne, des horreurs du camp d'Auschwitz. Il est reconnaissant à l'auteur de lui décrire précisément la réalité, et de l'amener à réfléchir sur la condition humaine, sans s'appesantir sur le sentiment de pitié.

Cyann Starck,

vendredi 30 janvier 2015

Hervé GIRAUD : Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon

Deux histoires en parallèle. Le soldat Botillon a 20 ans en 1914. Il est mobilisé, sur le Front. Nous suivons son quotidien dans les tranchées et découvrons qu'il a laissé, à l'arrière, sa jeune épouse enceinte. L'autre histoire se passe de nos jours, une famille est réunie pour fêter les 100 ans de son aïeule. L'arrière-arrière petit fils et sa jumelle s'ennuient ferme. Ils écoutent leur ancêtre radoter, fouillent un peu dans ses affaires et jouent à la guerre avec les voisins.

Les deux histoires peu à peu se rapprochent. Botillon, c'est le père de la grand-mère, un soldat disparu. Il va réapparaître au cours de la fête... Une belle écriture : réaliste et sensible pour décrire la noirceur et le quotidien des tranchées mais aussi des enfants impertinents, qui s'ennuient, jugent les adultes, chahutent, se prennent au jeu. La vie quoi ! Même si la mort est toujours proche. VA

lundi 5 janvier 2015

Ransom RIGGS et Cassandra JEAN : Miss Peregrine et les enfants particuliers

Adaptation en BD du roman par son auteur. Jonas part sur les traces de son grand-père mort assassiné sous ses yeux par une créature maléfique. Il explore le passé de son aïeul : un pensionnat sur une île, peuplé d'enfants étranges. Tous ont fui la guerre et d'étranges forces du mal.
Sur place, Jonas découvre le pensionnat abandonné. L'endroit a mauvaise réputation. Assez vite, il entre en communication avec les anciens habitants et découvre les dangers qui les menacent.
Des photos anciennes montrent des enfants aux pouvoirs étonnants  : des corps déformés, invisibles, nains à la force herculéenne, siamois... Une petite communauté menacée qui se protège en vivant à l'écart du monde. Entre horreur, nostalgie, histoire, fantastique, amour. Des dessins et un découpage proches des mangas. Le plus souvent en noir et blanc. A lire en attendant l'adaptation ciné de Tim Burton en mars 2016. VA

vendredi 26 septembre 2014

L'infortune de Kitty Grey de Mary HOOPER

Angleterre, 1815 : Kitty est employée à la laiterie d'un riche domaine. Passionnée par son métier, son avenir semble tout tracé. Elle se mariera avec son ami d'enfance, Will, le jeune passeur. Mais un jour, Will qui rêve de faire fortune à Londres disparaît. Il laisse derrière lui, sa jeune sœur. Kitty part avec la petite fille pour la capitale où elles espèrent le retrouver. La grande ville est pleine de dangers pour deux provinciales livrées à elles-mêmes.
Une plongée dans les bas-fonds de Londres au début du 19e : propriétaires cupides, filles-mères, pick-pockets, prisons sordides, justice expéditive, exil forcé vers la lointaine Australie... Tout est bien qui finit bien grâce à quelques rebondissements un peu « téléphonés ».  VA

vendredi 11 avril 2014

Le bébé tombé du train de Joe HOESTLANDT et Andrée PRIGENT

Auguste, un vieux célibataire, a toujours vécu seul. Il n'a même pas de chien. Il découvre un jour, au fond de son jardin, un bébé tombé d'un train. Cette découverte va bouleverser sa vie. Il va ranger sa maison, parler, mentir, retourner à l'école...

Un album au texte poétique. Le vieil homme reprend vie grâce à la présence de l'enfant. Des illustrations en 3 couleurs : noir, blanc, jaune qui vont à l'essentiel. L'étoile (jaune) présente tout au long du récit prend tout son sens dans la chute.

Un titre de la collection Trimestre : un texte court par trimestre, des grands noms de la littérature jeunesse et de l'illustration, des histoires pour réfléchir et s'émouvoir. VA

Extrait du spectacle AU CONTRAIRE MÊME de la Compagnie Quelqu'unS

lundi 6 janvier 2014

Le train des orphelins 1 : Jim de P. CHARLOT et X. FOURQUEMIN


1990 : deux vieillards, Harvey et Jim, se retrouvent. Ils se sont connus enfants, 70 ans plus tôt. Orphelins tous les deux, ils ont fait partie du même convoi. Aux Etats-Unis, dans les années 1920, les enfants des rues étaient envoyés, par trains entiers, dans l'Ouest pour y être adopté. 
 
L'envers du miracle américain au début du 20e siècle. Des orphelins, vendus, donnés à des couples en mal d'enfants ou à la recherche de main d'oeuvre bon marché. Par petite touches, nous découvrons le passé des deux hommes : Jim, l'avocat retraité devenu riche et célèbre, et Harvey, le paysan illettré, partit à la recherche de son frère et de sa soeur. Il est aidé dans sa quête par Bianca, une femme de ménage de l'institut. Fille mère italienne, elle a dû abandonner son fils à la naissance et s'exiler aux Etats-Unis. Les deux histoires, l'ancienne et la nouvelle, s'entremêlent. Un premier cycle qui s'achève en deux tomes. VA

mardi 10 décembre 2013

Nina Volkovitch 3 tomes de Carole TREBOR

Russie, années 1950, Nina, 15 ans, a le corps d'un enfant. Elle n'a jamais connu son père, dissident disparu. Sa mère conservatrice de musée est arrêtée pour ses idées subversives, elle est envoyée au goulag en Sibérie. Restée seule, Nina est confiée à un orphelinat chargé de la remettre dans le droit chemin. La vie est difficile, mais Nina parvient à se faire quelques alliés. Sa mère réussit à lui faire parvenir de précieux indices (un couteau en ivoire et une boussole aux pouvoirs étranges) qui vont lui permettre de s'échapper et d'entrer en contact avec les puissants pouvoirs de la lignée des Volkovitch.

Un roman historique sur une période rarement traitée : la guerre froide, le stalinisme. Une histoire qui, peu à peu bascule dans le fantastique : pouvoirs mystérieux des objets, malédiction ancestrale, forces du bien et du mal, équilibre du monde menacé, déferlement de violence et de sang. Les images sont partout présentes : une mère conservatrice de musée, Nina excelle en dessin, des icônes plus vraies que nature, les images de propagande du Parti... Une aventure en trois tomes, pour de bons lecteurs. Une édition soignée : tranche du livre et illustration de couverture dorées à la manière des icônes ou des poupées russes. VA

vendredi 22 novembre 2013

Loïse en sabot d'Anne PIERJEAN

Dauphiné, 1910. Loïse vit seule avec sa mère, divorcée. Elles ne sont pas riches. Loïse va épouser Gilles, son ami d'enfance. Ils vont être séparés par la guerre de 1914. Et Gilles ne reviendra pas du Front.
Loïse en sabot explique la situation financière et émotionnelle d'une jeune fille qui laisse partir l'homme qu'elle aime depuis toujours. J'ai lu ce livre en 3 jours car j'essayais de comprendre ce qui poussait Loïse à ne pas montrer sa tristesse. J'ai compris qu'elle ne voulait pas rendre Sylvère plus triste qu'il nétait !
Le point négatif : les émotions et les pensées des personnages pourraient être plus développées. Nous pourrions nous mettre davantage dans la peau des personnages et résonner comme eux. Le livre serait encore plus captivant. Estelle

jeudi 11 avril 2013

L'enfant cachée de Marc LIZANO, Loic DAUVILLIER et Greg SALSEDO


Dounia raconte son enfance à sa petite-fille. Elle avait huit ans pendant la guerre, à Paris. Un jour, son père a expliqué qu'ils étaient une famille de shérifs et qu'ils devaient porter l'étoile. Puis, sa vie a changé : en classe, elle est mise au dernier rang, jamais interrogée, plus isolée que jamais. Un jour, des policiers arrivent, elle est cachée dans un placard, ses parents disparaissent. Elle est recueillie par des voisins, puis dénoncée par la concierge. Elle réussit à fuir avec la voisine, change de nom, appelle cette dame « Maman ». Toutes deux se réfugient chez Germaine à la campagne. A la fin de la guerre, elle retrouvera sa mère, mais son père ne reviendra jamais des camps.

Un long flash-back, une grand-mère plongée dans ses souvenirs. L'histoire émouvante d'une petite fille juive durant la guerre. La lâcheté des uns (institutrice, concierge) et le courage des autres (voisins, résistants, paysans-famille d'accueil). Un regard tendre sur une histoire triste. De très beaux dessins, un texte court, accessible à tous.
Cette BD fait partie de la sélection du Prix des lecteurs de Privas 2013

mardi 9 avril 2013

Dans la nuit blanche et rouge de Jean-Michel PAYET

L'histoire commence à Pétrograd, en Russie, quelques jours avant le début de la révolution de 1917. Tsvetana Kolipova, une jeune comtesse de 17ans, ne s'intéresse ni à son rang ni à l'argent de sa famille.
Lors d'un ballet dans un très grand théâtre, elle rencontre un jeune homme mystérieux dont elle tombe amoureuse. Ce même soir elle découvre que son père, décédé, possédait une propriété dont elle ignorait l'existence. A partir de ce moment là, elle ne cesse de se poser des questions sur son père. Avait-il une autre femme dans sa vie ? Des enfants ?En même temps, elle participe à la Révolution. Son mystérieux inconnu la rencontre toujours dans les endroits les plus improbables. Ce dernier est recherché par un policier terrifiant, sur la piste d'une bague fantastique qui empêcherait de vieillir et de mourir.
J'ai trouvé ce livre génial, haletant. L'aventure, l'amour et le fantastique sont étroitement mêlés tout le long de l'histoire. Cécile.