lundi 11 mai 2015

Charlotte ERLIH : 20 pieds sous terre

Le frère de Manon est découvert électrocuté sur les rails du métro parisien. Le rapport de police est formel : mort accidentelle. Pour Manon, cette mort n'est pas naturelle. De son côté, elle enquête et découvre peu à peu la face cachée de son frère : sa passion pour le graf, ses relations avec le mileu de la nuit, ses amours clandestines...
Manon dans sa quête prend tous les risques, elle se découvre elle-même, suspens et surprises sont au rendez-vous. Une plongée dans le monde fermé des graffeurs, les dessous de la capitale. Une leçon de tolérance aussi où la figure de l'autre est souvent présente : étranger, graffeur, délinquant, homosexuel, SDF, gothic, malade. Un bon thriller par l'auteur du prix Sésame 2014.VA

lundi 4 mai 2015

Primo LEVI : Si c'est un homme

Le récit d'un passé qui ne s'oublie pas  :  témoignage de l'enfer de l'univers concentrationnaire.

Primo Levi signe un roman autobiographique poignant sur sa déportation. Son livre a été publié en 1947, d'abord passé inaperçu, puis traduit dans de nombreuses langues après la parution de son second roman, la Trêve (1963), mais seulement en 1987 en France.
Son écriture ne recèle ni pathos ni envie de revanche, comme on pourrait l'attendre d'une victime de la Shoah, elle est sobre et posée. Le ton est neutre et dépassionné. En effet, l'auteur a utilisé comme support un rapport technique qu'il avait rédigé avec un autre déporté pour les Alliés sur le camp d'Auschwitz. Il voulait livrer un récit historique, pour exposer la vie dans un Lager telle qu'elle était vraiment. Son récit est digne et amène à s'interroger sur la condition humaine, sur la douleur.

Le quotidien d'un homme humilié, réduit à sa simple appartenance et non plus à son identité.
Au fil des jours, nous le suivons partout, au travail, aux toilettes, lors de la tonte hebdomadaire, lors de la distribution de pain matinale… Le lecteur est véritablement transporté soixante-dix ans en arrière, aux côtés de l'auteur, survivant avec lui, jour après jour, luttant contre la faim, le froid, la boue… Le lecteur se rend alors vraiment compte de l'horreur de la vie dans les camps, de « l'organisation » mise en place pour survivre, ce trafic permanent : une cuillère contre une ration et demi de pain, un balai volé contre dix rations de pain, un ticket confirmant votre passage sous la douche contre deux rations de pain. Tout faire pour survivre tant bien que mal.
On assiste à l'évolution des relations avec ses compagnons d'infortune par des dialogues multilingues plutôt rares présentant la fraternité évidente entre les déportés, mais aussi cette rivalité étonnante : les chemises volées aux petits nouveaux pas encore au courant qu'il ne faut pas laisser sans surveillance ses « affaires personnelles » se résumant à une paire de sabots de bois, une chemise de toile, un caleçon, une veste, un pantalon, et une cuillère et une gamelle pour les plus dégourdis. Le « chacun pour soi » omniprésent.


Des réponses à des questions restées longtemps taboues et sans réponses.
Un style d'écriture unique, avec de longues phrases pour pouvoir tout dire, tout raconter, dans un registre de langue plutôt soutenu. Une lecture poignante, émouvante. Un livre captivant, qui tient le lecteur en haleine, curieux de savoir comment le narrateur a pu survivre alors que tant d'autres ont péri. L'auteur, par un récit détaillé, oblige le lecteur à connaître la réalité de ce qui s'est passé dans ce camp d'Auschwitz. Et le plus grandiose, c'est que ce devoir de mémoire est apaisant pour le lecteur car il sait enfin ce qu'il s'est vraiment passé dans les camps nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les nombreuses incertitudes concernant l'univers concentrationnaire, la haine des nazis envers les juifs, dues au silence de l'après-guerre, au refus de connaître la vérité et d'en parler disparaissent grâce à des réponses à ces questions inclues dans un appendice final.
Primo Levi
On ressent alors de l'empathie mais pas de la pitié pour le narrateur qui sait si bien circonstancier son récit sans s'apitoyer sur son sort.
En 1976, il a complété son récit par des réponses aux questions récurrentes qui lui étaient posées. Il explique son absence de haine et la sobriété de son récit par l'impossibilité pour lui de haïr une armée de fantômes, les nazis ayant été réduits à néant. Le lecteur ressort soulagé de la lecture de ce récit autobiographique car il connaît enfin les détails de la vie quotidienne, des horreurs du camp d'Auschwitz. Il est reconnaissant à l'auteur de lui décrire précisément la réalité, et de l'amener à réfléchir sur la condition humaine, sans s'appesantir sur le sentiment de pitié.

Cyann Starck,

Et "Après" que se passe-t-il ? Que deviennent-ils ?

Attention les yeux ! Quatre ans après la sortie de son livre « Un homme changé » Francine Prose revient avec « Après ». Inutile de tourner autour du pot : la recette est toujours aussi efficace !

Francine Prose
  D'un état libre à un Etat totalitaire : c'est le sujet du livre de Francine Prose dans son roman passionnant : « Après ». Elle nous montre comment suite à un événement tragique, le monde peut basculer, comment sous le prétexte sécuritaire, la privation de la liberté s'installe et comment de la paranoïa on passe à la terreur.
    

     Suite à la tuerie sanglante dans le lycée de Pleasant Valley, la vie des étudiants de Central High change radicalement. Après l'horreur, un conseiller spécialiste de la gestion de crise va s'installer dans leur lycée. Petit à petit, des mesures de censure vont être prises : plus le droit de porter du rouge, de mâcher des chewing-gums, portables proscrits, certaines lectures sont jugées subversives.  Fouilles systématiques à l'entrée du lycée suivies de réunions moralisatrices, des sujets tabous, des documentaires historiques dans le bus, des mails quotidiens aux allures de propagande envoyés aux parents, des camps de redressement vendus comme des centres psychologiques, d'étranges disparitions..

      Très efficace, la prose de Francine Prose (oh ! oh!) nous entraîne dans les méandres d’un récit hyper actuel qu'elle construit et déroule sous nos yeux ébahis. Un nœud au ventre accompagne un plaisir de lecture évident, la tension monte sans cesse… Suivez le calvaire quotidien de Tom, Brian, Avery, Silas et Brenda… Que deviendront-ils ? S’en sortiront-ils ? Et indemnes ?
       230 pages d'une écriture facile et entraînante, chargée d'intrigues, Francine Prose nous plonge dans un lycée du 21ème siècle, à travers l'esprit d'un ado et nous montre de façon crescendo comment on peut imposer des privations de liberté, et comment des ados tranquilles peuvent trouver en eux la rage de s'opposer. Et vous, si un beau jour vos libertés s’envolaient, oseriez-vous faire front ? 
 
      J'ai adoré ce livre. Les nombreux dialogues rendent la lecture vivante. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, plus l'histoire s'assombrit, plus le destin heureux du roman semble compromis, plus je me délecte, plus je me régale. Je ne saurais expliquer pourquoi, mon sadisme naturel sûrement … Je vis avec ces ados, ayant le même âge qu'eux, je m’identifie à travers eux, et m’insurge.
  
Alors un conseil, n’hésitez pas, tous à vos livres.
                                Manon B. 

mardi 28 avril 2015

Lorris MURAIL : Douze ans, sept mois et onze jours

Walden, 12 ans, est abandonné par son père dans une cabane en pleine forêt. Pour survivre, il ne dispose que de quelques boîtes de conserve, d'une carabine, d'allumettes mouillées et du livre de Thoreau, le « poète-naturaliste » du 19e siècle. Les jours passent, les réserves s'épuisent, l'angoisse monte. Walden se souvient des jours qui ont précédé son abandon... Et si son père l'avait abandonné pour le sauver ?
Walden, le anti-héros, pas très costaud, un peu rêveur, est plongé par son père dans un enfer vert. Comment survivre dans cet univers hostile ? Mais le vrai danger vient-il de la forêt ? Le livre bascule peu à peu, jusqu'à l'explosion finale. Un beau thriller. VA

vendredi 10 avril 2015

Lorris MURAIL : Lundi couscous


Une bagarre dégénère, le fils du charcutier prend un coup sur le nez. Il n'en faut pas plus pour qu'une pétition circule dans le village : « La France aux Français ! ». Au collège, les choses s'accélèrent : tri dans les livres du CDI, départ des étrangers, histoire franco-française, disparition des chiffres arabes et retour de chiffres romains, le couscous du jeudi remplacé par des crudités... Rien n'est plus comme avant et tout le monde regrette avant.VA

mardi 7 avril 2015

Anne MULPAS : Le big big boss

Un roman à la première personne, Gavin se raconte. Le récit est entrecoupé d'extraits de son journal de bord. Pour la première fois, il fait sa rentrée en 6e dans un collège « normal », et dans une classe qui ressemble beaucoup à la classe ULIS. Il affronte les « autres », ses peurs et ses colères. Au fil des semaines, avec l'aide de sa professeure, il parvient à se faire une place.VA

Justine AUGIER : la vie étonnante d'Ellis Spencer

Dans ce monde futur, l'enthousiasme, l'énergie, l'hyperactivité sont des valeurs fondatrices. La réussite se mesure à l'espace occupé, aux performances réalisées. Il n'y a pas de place pour le rêve, le temps perdu... La discrète et timide Ellis Spencer fait figure d'inadaptée. Elle occupe à plein temps deux nurses chargées de son éducation et de sa réinsertion... Pour la première fois, elle est acceptée dans une école. C'est sa dernière chance, il faudra qu'elle fasse ses preuves.
Quand l'hyperactivité, l'efficacité deviennent un mode de vie. Une description assez drôle de ce nouveau monde où certains de nos travers sont poussés à l'extrême. Cette société sécrète aussi des laissés pour compte et ses groupuscules d'opposition. Un livre hyperactif, trop peut-être ? VA